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Avis n°50 du Conseil communautaire de l'aide à la jeunesse

Conclusions des travaux relatifs à la prévention

I. Méthode de travail et type de résultats

Dans le contexte d’un mandat donné le 29 octobre 1997 par le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse, un groupe de travail s’est constitué pour clarifier le concept de prévention, central pour le secteur mais souffrant d’une définition peu claire.

Le groupe a déposé un “ Rapport d’orientation de la prévention générale ” présentant ses premières conclusions.  Ce document propose une définition du concept de prévention générale, précise les liens entre les actions de prévention et les enjeux de société et réalise une première approche des conditions d’efficacité de ces actions.

Ce document a été approuvé par le Conseil Communautaire en sa séance du 17 septembre 1998, à l’unanimité des membres.

Le Conseil a souhaité prolonger le mandat du groupe en lui demandant d’élaborer un outil d’évaluation des actions de prévention utilisable notamment par les CAAJ.  L’objectif était bien de renforcer la pertinence et la cohérence des actions menées par l’aide à la jeunesse en matière de prévention générale.

Le groupe s’est réuni en moyenne une fois par mois à partir de janvier 1999.  Sa composition est restée identique par rapport à la première partie de la mission.

En s’appuyant sur des études de cas concernant des actions menées par différents CAAJ et sur la recherche menée en 1995 sur les actions de prévention déployées par les AMO[1], le groupe a élaboré un projet d’outil.

L’outil a été mis à l’épreuve de deux manières.

Tout d’abord, il a servi de fil conducteur à des visites menées systématiquement par D. Cattry dans les 13 CAAJ entre juin et août 1999.  L’objectif était, par un échange de points de vue, de “ tester ” l’adaptation de l’outil aux situations réelles  ainsi que la faisabilité de son utilisation comme outil d’évaluation de leurs actions[2].

Le Conseil souhaitait en effet que l’outil construit soit une aide au déploiement des actions, ce qui impliquait notamment qu’il tienne compte des conditions réelles dans lesquelles travaillent les conseils d’arrondissement de l’aide à la jeunesse.

Une deuxième version a ensuite été élaborée en tenant compte des enseignements recueillis pendant les visites.  Elle a été soumise à l’examen de quelque 80 des acteurs de prévention le 28 septembre 1999 : l’administration de l’aide à la jeunesse a en effet organisé une journée de réflexion sur la prévention générale, en y invitant des représentants des 13 CAAJ mais aussi les conseillers et directeurs de l’aide à la jeunesse, ainsi que le personnel des sections de prévention générale actuellement en fonction.  La journée a pu bénéficier des interventions de la Ministre de l’aide à la jeunesse et de la Directrice générale de l’aide à la jeunesse. Le Président du Conseil communautaire y a également participé.

Le groupe de travail y a présenté ses travaux : définition de la prévention ; outil d’évaluation des actions de prévention ; analyse des projets de prévention menés par les CAAJ ; études de cas d’évaluation.

Des ateliers ont été organisés l’après-midi.  Les réactions des participants ont été systématiquement recueillies.

Le groupe de travail a ensuite analysé les comptes rendus de tous les ateliers.

Le présent rapport est le résultat de ces différentes phases de travail.

Il propose trois types de résultats.

  • D’abord, on trouvera une série d’indications qui éclairent et complètent la définition de l’objet de la prévention telle qu’elle a été adoptée par le Conseil Communautaire.
  • Ensuite, nous exposerons un outil permettant une évaluation plus fine et un contrôle plus cohérent des actions de prévention.
  • Enfin, nous formulerons quelques recommandations relatives à la mise en place d’une véritable politique de prévention générale en Communauté française.

En sa séance du 29 mars 2000, le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse a approuvé le rapport du groupe de travail et l’a chargé de poursuivre le travail (réalisation d’une cassette vidéo et d’une plaquette à l’intention des acteurs de la prévention).

 

II. Une définition de la prévention générale: compléments

Rappel

Le rapport précédent du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse avait déjà établi une définition de la prévention générale.

Le point de vue de départ qui avait été retenu était la “ loi de reproduction de la violence ” [3]: de multiples recherches ont en effet montré que ceux qui étaient soumis précocement et intensivement à des situations violentes – qui peuvent être de natures très diverses - avaient de fortes “ chances ” de se faire eux-mêmes porteurs de violence, contre eux-mêmes (toxicomanies diverses, suicide) ou contre les autres. Il s’agit bien de travailler à ce que cette probabilité ne se transforme pas en destin ; pour ce faire, il faut s’attaquer aux mécanismes qui permettent ou favorisent une telle reproduction.

En s’appuyant sur la pensée de Pierre Bourdieu, on peut comprendre comment de tels mécanismes peuvent se mettre en œuvre.

Il convient de redire d’abord qu’une fraction importante de la population est soumise à une violence structurelle énorme, économique et sociale : privation d’emploi, désaffiliations diverses[4], destruction progressive des différents filets de sécurité mis en place par la solidarité collective et publique, etc.

Cette violence structurelle est relayée “ activement ”, dit Pierre Bourdieu, par une multitude de micro-violences qui s’exercent au quotidien et échappent le plus souvent aux regards comme aux sanctions (d’où l’image de “ violences invisibles ”) :

  • violences intra-familiales,
  • violences institutionnelles (suspicion injustifiée, traitements non équitables, violation des droits, rejet…),
  • ou relationnelles (comme la stigmatisation ou le mépris),
  • et symboliques (comme le “ délit de facies ” ).

Les effets de ces violences invisibles sur les personnes ou les groupes moins favorisés sont considérables.  Il arrive malheureusement qu’ils soient tels que leurs victimes ne voient pas d’autre issue à leur situation que de déployer à leur tour des comportements violents, souvent de manière inopportune ou répréhensible : aux violences “ invisibles ” répondent alors des violences visibles “ visiblement répréhensibles ”.

Il n’est pas rare que ces comportements “ de réponse ” soient d’ailleurs brandis pour justifier a posteriori les violences subies (“ finalement sa situation n’a rien d’étonnant quand on voit comment il se conduit ”).  Ce retournement est parfois opéré par les personnes concernées elles-mêmes  (“ ce qui m’arrive est normal, qui voudrait de quelqu’un comme moi ? ”) : l’étape ultime de l’expérience du stigmate est souvent l’acceptation définitive de son sort,  la “ naturalisation ” de celui-ci.

Le schéma suivant rend compte d’un tel enchaînement.

Pour accéder au schéma, cliquez ici

L’objet de la prévention, défini dans cette optique, est donc double :

  • “ réduire la quantité globale de violence qui échappe aux regards et aux sanctions (et qui) s’exerce au jour le jour, (…) et qui est, en dernière analyse, le produit de la “ violence inerte ”, des structures économiques et des mécanismes sociaux relayés par la violence active des hommes”, pour reprendre les termes mêmes de P. Bourdieu ;
  • éviter que les réactions à cette violence globale ne se “ traduisent ” en réactions inopportunes, aptes par exemple à se retourner contre leurs protagonistes.

On voit bien ici en quoi cette prévention est générale, dans la mesure même où les mécanismes que nous avons décrits peuvent bien concerner tous les domaines de la vie sociale et personnelle, et des “ acteurs ” tout différents  : personnes privées, groupes, institutions de secteurs variés, etc.  

Les actions de prévention qui s’organisent selon cette optique entrent en complémentarité avec d’autres actions ou orientations : actions éducatives émancipatoires, combats pour l’égalité des chances, refus de l’exclusion et de ses causes par exemple.

Par contre, elles s’inscrivent résolument en faux contre la tendance à pathologiser le corps social (celle-ci conduit de fait toujours à des pratiques de purification plus ou moins déclarées) ou à pénaliser ou judiciariser la misère (cette tendance procède notamment en encadrant de plus en plus les victimes des inégalités sociales et économiques, en les isolant pour s’en protéger voire en les réprimant, au nom d’une sécurité qui oublie que la sécurité première est justement la sécurité économique et sociale).[5]

Cette conception de la prévention  conduit aussi à distinguer actions de prévention et effets de prévention.  Les actions de prévention entretiennent avec le double objet défini ci-dessus un rapport direct et elles sont finalisées par lui : c’est ce que font, notamment, les AMO .

D’autres pratiques mises en œuvre dans l’aide à la jeunesse n’ont pas un rapport direct avec cet objet.  Un placement, par exemple, peut intervenir justement parce qu’une stratégie de prévention n’a pas pu se déployer ou parce qu’elle a échoué. Mais si ce moyen éducatif peut renforcer l’intelligence que le jeune possède de la situation (augmenter ses capacités de “ traduction ” de la situation), s’il l’aide à développer ses compétences pour exprimer sa souffrance, s’il le conduit à déployer des actions de résistance ou de changement, il est clair qu’on a obtenu des effets de prévention.

Il paraît ainsi possible de reconstruire une unité d’orientation et une cohérence dans le secteur de l’aide à la jeunesse (priorité à la prévention), tout en reconnaissant des différences de moyens ou d’objectifs (tout le monde n’y mène pas des actions de prévention).

Avantages de la définition

Définir ainsi l’objet de la prévention dans l’aide à la jeunesse nous semble comporter trois avantages :

a) Cette définition rend compte des difficultés rencontrées par les jeunes et les familles en construisant explicitement une relation de causalité.  Ce rapport de causalité n’exclut pas le poids des inégalités sociales et économiques mais il ne s’y limite pas : il évoque clairement les “ relais actifs ” qu’y apporte la violence des hommes, sous toutes ses formes, souvent d’une manière inaperçue.

Il y a donc bien une zone d’action spécifique qui est pointée : les violences quotidiennes et les “ violences-relais ”.

La définition d’une telle zone d’action nous semble cohérente par rapport :

  • à la volonté du secteur de travailler sur les causes des difficultés plutôt que de se focaliser sur leur expression ;
  • à la croyance du secteur que le changement individuel et social est possible ;
  • à l’importance que le secteur accorde aux “ difficultés relationnelles ” : pour rappel, 79,4% des services privés placent les “ difficultés  relationnelles ” au premier  rang des “ domaines de la vie du jeune ” qui ont nécessité leur intervention[6].

b) Le deuxième avantage de la définition est qu’elle explique des faits sociaux par des faits sociaux, ce qui constitue le principe de base de la discipline sociologique.  Ce point pourrait paraître aller de soi si nous ne voyions pas se multiplier les “ explications ” des comportements sociaux par des caractéristiques individuelles ou culturelles voire ethniques, avec les dégâts qu’on imagine : culpabilisation, stigmatisation, exclusion.  N’a-t-on pas récemment imaginé d’étudier la “ corrélation ” entre les comportements délinquants et les origines ethniques ?

c) La définition de la prévention proposée ici ne se limite pas à une interprétation catégorielle ou sectorielle qui serait propre à l’aide à la jeunesse. Elle identifie bien un enjeu de société, qui traverse les pratiques de l’aide à la jeunesse mais qui peut mobiliser d’autres acteurs et secteurs.

En définissant ainsi la prévention, l’aide à la jeunesse nomme la manière dont elle entend contribuer à la construction d’une société plus équitable.

Le secteur met notamment en lumière combien les ressources et les chances de développement sont inégalement réparties dans une société où le capital personnel, relationnel et social est devenu central pour la participation.[7] Considérer le jeune comme sujet n’implique-t-il pas en effet qu’on prenne en compte les relations entre le développement personnel et les enjeux de société qui l’incluent ?

Précisions utiles[8]

La définition de la prévention fait une place centrale à la violence sociale.  Ce choix permet d’indiquer sans ambiguïtés la portée des difficultés vécues par de nombreuses familles, en indiquant clairement que la responsabilité de la société y est effectivement engagée.

Le coup de projecteur porté ces dernières années sur la problématique de la maltraitance peut en effet conduire paradoxalement à occulter toute une série de difficultés et de souffrances vécues par les jeunes et les familles et qui peuvent être aussi graves : la violence symbolique est aussi dangereuse que la violence physique et elle s’exerce de multiples manières, y compris, parfois, dans nos institutions. Sa mise en oeuvre, pour involontaire qu’elle soit souvent, peut conduire, par effet d’accumulation, à des effets considérables.

En insistant sur l’impact de violences quotidiennes peu visibles, l’attention se porte sur l’interaction quotidienne sans l’amalgamer à la catégorie de la maltraitance mais sans nier la possibilité de celle-ci non plus.

Il est en effet essentiel de ne pas exclure d’office les situations de maltraitance d’une possible explication sociale et il est parallèlement fondamental de ne pas lire la prévention à partir de la catégorie de la maltraitance.

Par ailleurs, le rapport prévention / contrôle social doit être posé.

Il ne faut pas craindre que l’objectif de “ diminuer la quantité globale de violence ” subie par les moins favorisés ne corresponde à un “ contrôle social ” et ne détourne ceux-ci d’une possible révolte.

D’abord, il faut éviter d’identifier mouvement social et insurrection, comme l’a rappelé récemment Alain Touraine : le mouvement social ne prend pas nécessairement la forme de la révolte mais surtout il se rend capable de définir des objectifs globaux positifs, en rapport avec le développement de la société tout entière, ce que n’arrivent pas à faire les conduites de révolte ou de refus. [9]

Ensuite, il faut sortir d’une conception trop simple qui poserait que plus la domination subie est grande, plus forte et plus certaine sera la réaction.

C’est évidemment négliger plusieurs ordres de données.

Il faut prendre notamment en compte le fait qu’un certain “ effondrement général des valeurs ” (ou l’impression qu’un tel effondrement se produit) peut conduire certains à penser qu’il est impossible de réussir sans violer les normes ou qu’il est impossible de réussir du tout – ces réactions n’ont que peu de choses en commun avec l’émergence d’un mouvement social.

Ensuite, il est essentiel de pointer que beaucoup de luttes sociales sont d’abord des luttes pour l’interprétation des faits sociaux et que ces luttes d’interprétation sont décisives pour la construction de la société (notamment parce qu’elles construisent les voies et moyens de sa légitimité).

Enfin, nous avons assisté à trop de manipulations de la misère par des avant-gardes “ révolutionnaires ” pour ne pas envisager avec prudence des raisonnements qui attendent qu’un “ soulèvement ” des miséreux se produise pour mener la lutte.

En insistant, au titre de deuxième objet de la prévention générale, sur les traductions inopportunes de la violence subie, la conception défendue par le C.C.A.J. reconnaît l’importance de la compréhension des enjeux de société qui sont incarnés dans chaque situation singulière.

Mais elle laisse aussi ouverte la question du choix que les acteurs feront à propos des réponses qu’ils souhaitent apporter aux difficultés qu’ils rencontrent, sans exclure la possibilité de participer à des mouvements sociaux qui se proposeraient d’en modifier les conditions d’apparition.

Par ailleurs, le double objet de la prévention générale avancé ici  se démarque explicitement des conceptions du travail social qui visent à pénaliser la misère ou à construire les conditions d’un encadrement coercitif de celle-ci, notamment en concentrant et en recoupant l’information sur les personnes en difficulté : l’instrumentalisation de leur vie est alors avérée, quand ce n’est pas sa judiciarisation.

Refuser l’instrumentalisation de la vie d’autrui, refuser un mode de développement qui pénalise (au sens propre) ceux qu’il exclut, se battre pour l’égalité des chances de développement dans une société où le capital personnel et relationnel est décisif; soutenir l’importance de l’engagement public dans une politique du sujet, c’est bien participer au mouvement social central d’aujourd’hui.[10]

III. Une méthodologie de l’évaluation et du contrôle des actions de prévention

Rappel

La question de l’évaluation est évidemment centrale, notamment en termes de légitimation des actions de prévention qui sont entreprises.

Nous savons que les conceptions de la prévention qui obéissent à une logique antagoniste à celle de l’aide à la jeunesse se contentent souvent d’une évaluation de type quantitatif : on mesure essentiellement la baisse supposée d’actes délictueux ou déviants.

La faiblesse de ces raisonnements est patente, dans la mesure même où des actions de “ prévention ” sécuritaire, par exemple, ne produisent qu’un déplacement géographique des comportements incriminés hors de la zone investie et observée.  Les “ statistiques ” avancées n’ont donc qu’une valeur toute relative.

L. Wacquant a par ailleurs récemment établi qu’il n’y avait aucune preuve de corrélation entre les “ politiques de tolérance zéro ” et la baisse des comportements délinquants.

L’aide à la jeunesse peut se prévaloir par contre de possibilités d’évaluation fine de ses actions, et peut fonder sur celles-ci des actes de contrôle pertinents.[11]

Dans le premier rapport du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse, nous avons identifié déjà les modalités de déploiement des actions de prévention au travers desquelles se jouait leur efficacité.

Il restait à développer ces modalités pour construire une trame sur laquelle une pratique d’évaluation pourrait s’appuyer.

Trame pour soutenir une action d’évaluation des pratiques de prévention

La trame proposée comporte une série de questionnements qui peuvent interroger la pertinence et la cohérence d’actions projetées ou menées.

Nous les explicitons ci-dessous.

1. L’action est-elle éligible ?

Correspond-elle à un objet de prévention  dans une de ses deux dimensions (diminuer le taux de violences peu visibles subies par les jeunes ou les familles ; éviter les “ réponses ” peu adéquates à la violence subie, notamment en renforçant la capacité de “ traduction ” des situations) ?

Il s’agit ici de vérifier si l’action concernée “ cadre ” bien avec l’objet de prévention propre au secteur de l’aide à la jeunesse. Il faut en effet éviter d’utiliser le concept d’une manière trop lâche, si bien que toute action de nature sociale ou simplement généreuse, toute action d’information ou de recherche, seraient automatiquement considérées comme “ de prévention ”.  Etendre à l’extrême le champ de la prévention, c’est aussi diluer la force des actions qui concernent ce champ.

2. L’action correspond-elle à une priorité ?

Parmi la masse des actions possibles, certaines sont plus nécessaires et déterminantes que d’autres, compte tenu des spécificités du tissu local et de son histoire.

On réfère ici explicitement les actions de prévention à la notion d’“ agenda politique ”. Celle-ci désigne la formulation des ordres du jour, leur ordre de priorité, les options et les alternatives mises en débat. Benjamin Barber avance que les démocraties effectives sont celles où les citoyens participent réellement à la construction de l’agenda politique.[12]

Trois analyseurs peuvent être mobilisés pour déterminer un “ agenda ” de prévention.

a)      Sur base de quel recueil d’informations  et de quelle analyse l’action est-elle proposée ?

b)      Respecte-t-elle la règle de l’énergie,  en évitant les doubles emplois et les recouvrements mais aussi en réalisant l’investissement le plus léger possible ?

c)      Quelle est la durabilité des effets recherchés ?

La composition des CAAJ devrait garantir la pertinence du recueil d’informations sur l’arrondissement et permettre d’en construire une analyse ou lecture approfondie.

Cette lecture doit inclure la prise en compte des partenaires existants avec qui il est possible de travailler, ainsi qu’étudier les conditions grâce auxquelles l’agencement mis sur pied pourra fonctionner peu à peu de manière autonome.

3. Le projet est-il cohérent ?

Il s’agit d’étudier ici la cohérence interne de l’action projetée. On peut y parvenir en se posant cinq types de questions.

a)      La logique d’action retenue est-elle pertinente par rapport aux effets et aux destinataires de l’action (logique d’action spatiale, sociale, “ politique ”, “ virtuelle ”) ?

En nous basant sur les diverses possibilités d’actions communautaires telles qu’elles sont déployées par les AMO, nous pouvons en effet distinguer les logiques d’action qui prennent pour centre de gravité une composante géographique (une action sur un quartier) ou sociale (une action qui concerne tel groupe social particulier) ; il convient évidemment d’être très prudent dans la définition de ces composantes, pour éviter de réintroduire des conceptions stigmatisantes – comme lorsqu’on parle, souvent de manière improvisée d’ailleurs, de “ groupe à risque ”.

Quant à la logique d’action “ politique ”, elle vise à changer les conditions légales ou légitimes de la situation considérée ; la logique d’action “ virtuelle ”, enfin, désigne des interventions qui portent sur la sphère médiatique, dont de nombreux auteurs ont pu montrer qu’elle jouait un rôle déterminant dans la définition de la réalité.

b)      Les composantes propres à la logique d’action retenue sont-elles bien prises en compte ?

Cette interrogation vise à encourager les acteurs de prévention à prendre réellement en compte les contraintes propres à la logique d’action retenue : connaissance des manières différenciées d’investir l’espace, notamment en regard des appartenances sociales et des cultures, manières de faire spécifiques à un groupe social, toujours définies au moins en partie par la distinction, logiques propres au politique (notamment l’importance du calendrier de l’action, des prérogatives spécifiques, etc.), critères de qualité et de professionnalité internes au champ médiatique.

c)      Les réalisations envisagées constituent-elles un bon moyen ?

Eu égard notamment aux contraintes propres à la logique d’action choisie, il convient évidemment d’étudier d’une manière suffisamment critique l’adéquation des réalisations prévues avec les effets espérés, acceptés ou refusés dans la situation.

d)      Le mode de participation des bénéficiaires à l’action est-il approprié à celle-ci ?

La conception de la prévention défendue par le C.C.A.J.ne transforme jamais les bénéficiaires en objets d’aide, en les dépossédant de leur capacité d’initiative ou de lecture des situations qui les concernent.  Mais la participation ne doit pas être imaginée dans l’abstrait, ni être définie a priori comme un absolu ou un appendice de l’action.  Chaque situation, chaque logique d’action, chaque réalisation, chaque stratégie influe sur le mode de participation possible ; il convient donc d’étudier ce mode de participation dans sa singularité.

e)      La logique d’évaluation retenue est-elle congruente à l’action ?

Il est évident que chaque logique d’action, chaque réalisation, chaque partenariat, chaque mode de participation peut impliquer des modalités d’évaluation particulières.  Il convient évidemment de les construire et de les utiliser d’une manière appropriée.

En particulier, à côté d’une évaluation “ générale ” visée par la trame exposée dans ces pages, on peut mettre en œuvre une procédure plus spécifique à l’action concernée.

4.      Le projet est-il réaliste ?

Nous avons défini la prévention dans le registre de l’action, dans la mesure même où toute politique est action, décision “ de créer (ou ne pas créer) un événement dans le monde physique qui contraint le comportement humain, change l’environnement ou affecte matériellement l’univers ”[13].

Les actions de prévention comportent donc nécessairement une dimension pragmatique qu’on peut approcher par les indicateurs suivants :

a) La temporalité choisie est-elle pertinente ?

b) Le partenariat envisagé peut-il fonctionner (compétences des partenaires, association convenable de ceux-ci à l’action, garantie de bonne fin suffisante) ?

c) Le budget prévu est-il correct ?

Usages différenciés de la trame

Cette trame est susceptible d’usages différenciés.

Elle peut être utilisée par les promoteurs de l’action pour concevoir celle-ci et en analyser la pertinence, la nécessité, la cohérence et le réalisme.

Il est intéressant que les CAAJ s’y réfèrent pour sélectionner les actions qui leur sont soumises, voire pour accompagner certaines d’entre elles.

Enfin, puisque des fonds publics sont investis, il n’est que normal que les actions soutenues soient contrôlées.

L’aide à la jeunesse ferait un grand pas vers la cohérence de ses actions si la même trame était utilisée pour concevoir, sélectionner, accompagner et contrôler les actions soutenues par les pouvoirs publics.  Elle se démarquerait par là d’autres types d’initiatives où la cohérence, nous l’avons vu, est moins heureuse.

Le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse recommande un usage souple de cette trame.

D’abord parce que selon les situations certains questionnements seront plus importants ou plus appropriés que d’autres ; ensuite parce que des évaluations complémentaires spécifiques seront souvent pertinentes.

Mais souplesse ne veut pas dire dilution ou démission : les actions de prévention ont tout à gagner à être conçues, sélectionnées, menées, soutenues, évaluées et contrôlées avec une grande rigueur.

La trame proposée ici, qui définit au fond des obligations de procédures parallèles aux modalités d’efficacité propres à des actions de prévention, est un pas dans ce sens.

IV. Suggestions complémentaires du Conseil Communautaire de l'aide à la jeunesse

Outre la promotion d’une politique d’évaluation rigoureuse, le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse suggère que les conditions dans lesquelles se déploient les actions de prévention soient améliorées.

Le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse insiste notamment sur les points suivants :

Passer d’une logique de projets à une logique d’orientations

L’impression prévaut qu’auparavant les CAAJ demandaient qu’on soumette des projets à leur acceptation, sans que soient définies des orientations fermes et des priorités avérées.

Le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse souhaite qu’un agenda de prévention, au sens entendu supra, soit élaboré et communiqué au Conseil communautaire, pour en alimenter les débats.

Expérimentation de la trame et processus d’accompagnement

Le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse souhaite qu’après une expérimentation d’un an, l’on procède à une évaluation de l’usage de la trame proposée ici, par exemple lors d’une seconde journée de réflexion réunissant membres des CAAJ, conseillers et directeurs, membres des sections de prévention générale.

Par ailleurs, le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse recommande que la mise en œuvre de cette trame soit accompagnée par des actions d’information et de formation, à l’intention des CAAJ qui en feraient la demande.

Transmission

Les conditions dans lesquelles les CAAJ travaillent ne sont pas des plus favorables et la Commission a déjà demandé qu’elles soient améliorées.

Il convient dans ce cadre de ne se priver d’aucune des ressources qui pourraient améliorer le fonctionnement des conseils.

Le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse trouve par exemple pertinent que les CAAJ organisent la transmission de ces acquis aux membres actuels et surtout futurs des CAAJ[14].  Une évaluation intermédiaire des actions de prévention 2000 et un bilan des actions déployées en matière de prévention devraient ainsi être réalisés par les CAAJ.  Ce bilan devrait pouvoir aussi nourrir la réflexion du secteur.

Pour le Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse, le 29 mars 2000.


[1] J. Fastrès et J. Blairon, La prévention, un concept en déperdition ?, Bruxelles, Ministère de la Culture et des affaires sociales, 1997.

[2] D. Cattry a réalisé pour la Direction générale de l’aide à la jeunesse une analyse des projets de prévention générale de 1999 en procédant à des interviews relatives au processus de décision en matière de prévention ; il a rencontré  pour ce faire des conseillers et directeurs, des membres des CAAJ et des membres des sections de prévention générale.

[3] Cette formulation est directement inspirée du raisonnement que propose Pierre Bourdieu dans son ouvrage Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, 1997.

[4] Nous reprenons le terme propose par Robert Castel dans Métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995.

[5] Cfr Loïc Wacquant, Les prisons de la misère, Paris, Raisons d’agir, 1999.

[6] Rapports d’activités 1997 des services privés agréés par l’aide à la jeunesse, Bruxelles, Ministère de la Communauté française, 1999, p. 42.

[7] L. Boltanski et E. Chiappello parlent ainsi  d’une “ société connexionniste ” où la compétence relationnelle est décisive, cfr Le nouvel  esprit du capitalisme,  Paris, Gallimard, 1999.

[8] Cette partie du texte construit la réponse du Conseil communautaire de l’aide à la jeunesse à certaines interpellations et débats particulièrement intéressants qui se sont exprimés lors de la journée de septembre 1999.

[9] A. Touraine, Pourrons-nous vivre ensemble ?, Paris, Fayard, 1997, pp. 128 et sq.

[10] Pour plus de détails, voir la recherche citée supra, pp. 44 et sq.

[11] Nous renvoyons ici à la définition de l’évaluation et du contrôle établie par le groupe “ Evaluation qualitative ” dans le cadre des Assises de l’aide à la jeunesse, cfr Vous avez dit : aider la jeunesse ? Propositions et recommandations, Bruxelles, Ministère de la Culture et des affaires sociales, 1995.

[12] B. Barber, Démocratie forte, Paris, Desclée De Brouwer, 1997, pp. 202 et sq.

[13] B. Barber, op. cit., p. 141.

[14] Selon  la suggestion émise par Madame Bernard-Lachaert, Directrice générale de l’aide à la jeunesse, lors de la journée du 28 septembre 1999.

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